La morale est la base de sa pensée
politique et sociale. Elisée Reclus est un moraliste de raison
et de passion, à la parole ardente et à l'action
prompte, un moraliste d'amour et de colère, sensible à
tout ce qui peut agir sur l'esprit, sur le cur de l'homme. Ses
principes fondamentaux tiennent en deux mots : BONTE et DIGNITE.
Elisée, pour sa part, déteste la morale des
"aristocrates de la pensée" : les rois, les puissants
s'imaginent qu'il y a deux morales : la leur qui est celle du caprice
et celle de l'obéissance qui convient au populaire. Il a
d'ailleurs exprimé, dans certaines parties de son uvre,
et parfois avec fougue son opinion au sujet de la "faiblesse morale"
qui est le propre des privilégiés de la
société française, faiblesse à laquelle
il oppose l'énergie, le courage dont font preuve tous les
déshérités. Reclus reprend certaines paroles de
l'Ecriture pour illustrer son idéal libertaire et
philanthropique.
En fait, la pensée morale d'Elisée a d'évidents
rapports avec le stoïcisme, ne serait-ce que par la pratique
assidue et rigoureuse de l'examen de conscience. Comme chez tout
anarchiste, l'exaltation du "MOI" est le point de départ, mais
reconnaissant que la nature ne l'a pas fait entièrement bon,
il veut construire son "meilleur moi". Ainsi, l'homme est toujours au
centre de la morale Reclusienne et du combat qui le
caractérise.
En tout état de cause, au nom de la liberté, chacun est
appelé à être l'inventeur de sa propre morale.
Aucune obligation générale, aucune sanction
codifiée se tient devant cette affirmation.