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Le Père Peinard

Emile Pouget :
un bon bougre parmi les bougres

Le Père Pouget ouvre ses lucarnes le 12 octobre 1860 à Pont de Salars, patelin de l’Aveyron où les corbeaux volent sur le dos pour ne pas voir la misère. Son beau-père, qui l’élève, est un brave républicain et ils ne sont pas bézef en cette contrée bourrée de ratichons et de culs-bénis. A la baraque, les mots socialisme ou phalanstère titillent déjà les esgourdes du petit Emile. Au lycée de Rodez il gribouille, à treize baluches, son premier canard « Le Lycéen Républicain » qui foutre dieu fait un sacré coup de chambard, lui attirant les foudres des pisse-froid éducastreurs.

Le vieux ayant cassé sa pipe, Emile doit se dépatouiller tout seul, quitte le bahut et monte à Paname. Nous sommes en 1875, quatre ans plus tard, il crée le premier syndicat des employés du textile parisien. Le 9 mars 83, lors d’une chouette manif, où participe Louise Michel, de bons gars émoustillent les sergots, font razzia dans les boulangeries. Emile Pouget harponné par les roussins est condamné à huit ans pour "pillage à main armée et propagande antimilitariste", il est libéré en 88 après trois ans de geôle à Melun. Le 24 février 89, le gnaf journaleux lance le « Père Peinard » qui, dès le premier numéro, fout un pétard d’enfer. Il en met plein la margoulette aux chieurs d’encre des quotidiens, aux proprios, aux purotins, à la frocaille, aux merles de la politique et aux bouffe-galettes de l’Aquarium qui fabriquent les lois pour les rupins. Mille marmites, l’anarcho défend le populo et pour l’illustration de son canard reçoit un coup de pouce de ses aminches de la peinture, Luce, Wilette, lbels, Pissaro. Tous les administrateurs gérants du Père Peinard vont tâter de la prison et des amendes. Suite à l’entrée en vigueur des lois scélérates il doit se tirer à Londres (1894). A roublard, roublard et demi, le Père Peinard parait quand même et passe la frontière à La barbichette des flicards qui n’arrivent pas à l’alpaguer. De retour en France et acquitté, il sort « La Sociale » (76 numéros), poursuit la parution du « Père Peinard » (dernier numéro an 1902) et de ses almanachs, écrit plusieurs romans, collabore à un paquet de revues anarchistes (Les Temps Nouveaux, L’Action Directe, Le Pot de Colle...), donne un coup de paluche à Sébastien Faure à la rédaction du « Journal du Peuple », continue toujours et encore de bouffer du jésuite, du capitalo, du galonnard, chiant sur l’Etat, la Propriété et la Religion, ne cessant d’haranguer les braves fieux à botter dare dare le croupion des jean-foutre de tout poil.

1897 : Au Congrès CGT de Toulouse, le rapport de Pouget sur le boycottage et le sabotage est adopté par l’immense majorité des délégués.
1900 : Pouget devient rédacteur an chef de l’hebdo cégétiste « La Voix du Peuple ».
1901 : Il est élu secrétaire-adjoint de la Cgt, menant une besogne d’unité, de revendications (campagnes contre les bureaux de placement, pour la réduction de la journée de travail à huit heures), prônant l’action directe, espérant la Révolution pour foutre une tripotée à toutes les charognes de la gouvernance.
1906 : Avec son camarade Victor Griffuelhes, il rédige la Charte d’Amiens. Le Congrès Fédéral d’Amiens (6-18 octobre) confirme l’article 2 : La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour disparition du salariat et du patronat. Comme ses potes Dellesalle, Monatte, Yvetot, il doit combattre bien des vacheries que ses tendances anarcho-syndicalistes et sa personnalité d’homme libre lui valent.
1908 : Emile fait un nouveau tour derrière les barreaux. Puis, comme des mouches sur une odorante mouscaille, les social-traitres, les bureaucrados, les collabos et réformards rose bonbon sucé, s’emparent à coups de bobards et magouilles du bureau confédéral de la CGT, ils ne le lâcheront plus ! Pouget démissionne. Un dernier canard « La Révolution » (1909), un ultime bouquin « Comment nous avons fait la révolution » (1910), quelques catalogues d’art et stop: Emile tire sa révérence à toute activité militante. La tocante fatiguée, la Camargue le choppe à Lozère le lundi 21 juillet 1931, il avait 71 balais. Pas de statue, pas de nom de rue, il n’en avait que paître, et nous itou ! Mais, y a pas à tortiller, Pouget reste ce coin de mémoire ouvrière que les révisos syndicaltristres n'arriveront jamais à écrabouiller.

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