Vers le sommaireFrancisco Ferrer  

 

"Francisco Ferrer pensait que nul n'est méchant volontairement et que tout le mal qui est dans le monde vient de l'ignorance. C'est pourquoi les ignorants l'ont assassiné et l'ignorance criminelle se perpétue même aujourd'hui à travers de nouvelles inquisitions. En face d'elles pourtant, quelques victimes dont Ferrer, seront toujours vivantes."

Albert Camus

 

QUELQUES ELEMENTS BIBLIOGRAPHIQUES

Francisco Ferrer y Guardia est né le 10 janvier 1859 à Alella, petit village situé à 15 km au nord de Barcelone, de parents agriculteurs aisés, fort attachés à la royauté et profondément catholiques. Devenu libre penseur et franc-maçon, Ferrer prend part, en 1886, à l'échauffourée de Villacampa au cours de laquelle les républicains tentent de proclamer la république en Espagne. En raison de ses prises de position républicaines et de son engagement dans la lutte sociale, Ferrer doit s'exiler en 1886 à Paris. Il y enseigne l'espagnol, se lie avec des intellectuels anarchistes, tels Élisée Reclus et le prince Petr A. Kropotkine et devient secrétaire du républicain Manuel Ruiz Zorilla.

Il acquiert la conviction que l'Espagne n'évoluera pas tant que le peuple croupira dans l'ignorance et s'intéresse aux questions de pédagogie. C'est une de ses élèves, Mlle Meunier, qui lui permettra de mettre ses idées en pratique en lui léguant sa fortune en 1901. Séduit par les théories rationalistes et empiristes, il mènera alors à bien plusieurs tâches : la création de l'École moderne ; la gestion des Publications de l'École moderne ; la publication de la revue L'École rénovée ; l'animation de la Ligue internationale pour l'éducation rationnelle de l'enfance.

Son antécédents dans le milieu républicain et anarchiste lui vaut, en 1906, d'être accusé à tort de l'organisation de l'attentat manqué perpétré contre Alphonse XIII. En 1909, Ferrer est tenu pour responsable des cinq jours d'émeutes violentes soulevées en protestation contre l'intervention militaire espagnole au Maroc (désignées sous le nom de "!Semaine tragique!"). Il est arrêté sans preuve et fusillé au fort de Montjuich, malgré la campagne de solidarité organisée en sa faveur à travers toute l'Europe. Son exécution en a fait un martyr de l'éducation laïque et a entraîné la chute de l'homme politique Antonio Maura. Le procès a été révisé en 1911 et Ferrer reconnu un an plus tard victime d'une erreur judiciaire.

 

L'ÉCOLE MODERNE

Depuis 1885, date de la création de l'école laïque La Verdad, en Catalogne, les démocrates espagnols s'employaient à enlever à l'Église son hégémonie en matière d'enseignement. Le rôle de Ferrer fut d'essayer d'unifier les efforts dispersés et de publier les ouvrages nécessaires au travail dans les classes. Il créa, en 1901, à Barcelone, L'École moderne, qui devait dans son esprit devenir le centre de tous les établissements déjà créés, le foyer intellectuel qui permettrait d'en faire de nouveaux. Elle s'ouvrit en août avec 30 élèves, 12 fillettes et 18 garçons. A la fin de la première année, le nombre total des écoliers était passé à 70.

L'enseignement y était résolument rationaliste et prenait nettement parti contre la religion. Les méthodes qui y étaient appliquées faisaient appel à l'observation personnelle des élèves et à leur réflexion. On utilisait les ouvrages publiés par la maison d'édition (traductions de livres scientifiques, manuels...). Les principes pédagogiques qui sous-tendaient la pratique dans les classes étaient la coéducation des sexes et des classes sociales, l'hygiène, l'autodiscipline et le refus des punitions, le refus des examens et le respect de l'autonomie de l'enfant. Au bout de cinq ans, une cinquantaine d'écoles rationalistes existaient en Espagne.

L'ambition de Ferrer était aussi d'en faire une sorte de Maison du peuple, où se tiendraient des conférences et des cours du soir et qui permettraient à chacun de s'instruire.

Le 31 mai 1906, jour du mariage du roi Alphonse XIII, une bombe lancée dans le cortège par un ancien employé de la librairie de l'École moderne fut le prétexte qui permit aux cléricaux de faire fermer l'école. Après 13 mois d'emprisonnement, Ferrer fut reconnu innocent et acquitté et ses biens lui furent rendus. Mais l'école de Barcelone et ses filiales demeurèrent fermées.

 

LA MAISON D'ÉDITION

Afin de doter les écoles rationalistes qui se fondaient en Espagne des ouvrages qu'il jugeait indispensables, Francisco Ferrer entreprit de faire écrire ou traduire, dans un style simple et facilement compréhensible par tous les lecteurs, des ouvrages pédagogiques, scientifiques et philosophiques. Ils étaient principalement destinés aux enseignants, mais la concurrence des autres maisons d'édition en rendait la production incertaine. La vente des manuels d'enseignement était plus sûre grâce aux écoles filiales et amies. Un Premier livre de lecture, qui était à la fois "un syllabaire, une grammaire et un manuel illustré présentant l'histoire de l'évolution du monde depuis l'atome inanimé jusqu'à l'être pensant" vit sa première édition épuisée presque immédiatement et la seconde s'enleva aussitôt. Quantités de minces volumes marqués "1 peseta" furent produits, qu'il fallait retirer au bout de 6 mois.

La traduction des Aventures de Nono, de Jean Grave, se vendit à 10 000 exemplaires ! "La Editorial" touchait ainsi à des domaines très divers. Elle entreprit aussi la publication d'un Bulletin mensuel de l'École moderne qui connut 62 livraisons dans lesquelles les textes des enfants voisinent avec des interventions des adultes.

Après la fermeture de l'École moderne, Ferrer continua à donner tous ses soins à la maison d'édition et, à Londres, à Paris, à Bruxelles, il préparait les traductions en espagnol d'ouvrages scientifiques importants. La production se termina cependant avec la condamnation et la mort de Francisco Ferrer.

 

CONCLUSION

Le projet pédagogique de Ferrer est une sorte d'amalgame de plusieurs systèmes de pensée, libertaire, libre-penseur, rousseauiste, rationaliste, etc. L'influence de Robin est importante mais la pensée de Robin est plus profonde. La pensée de Ferrer a néanmoins eut une plus grande portée, parce qu'en Espagne les conditions de diffusion étaient beaucoup plus favorables parce que moins influencées par le grand capital. Son influence est aussi très grande au Mexique, au Brésil et d'autres pays d'Amérique du sud. La pédagogie de Ferrer a d'ailleurs historiquement été utile au mouvement ouvrier espagnol et latino-américain.

Cependant l'action pédagogique et les apports de celle-ci pour ces contemporains est bien maigre. Si les enseignants espagnols du mouvement Freinet se sont profondément inspiré de Ferrer c'est moins de ces conceptions pédagogiques que sociales. L'éducation par et pour le peuple, oui ; la coéducation des sexes et des classes sociales, encore oui ; l'éducation à et par la liberté.

Il faut être conscient que c'est à cause de son exécution que Ferrer est devenu plutôt que Robin ou Faure le représentant le plus célèbre de l'Education libertaire. Et s'il faut retenir une chose de Ferrer ce n'est pas ces idées novatrices en matières de pédagogie mais bien que l'éducation est toujours un acte politique.

 

PAUL ROBIN / SEBASTIEN FAURE / FRANCISCO FERRER