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Barthélemy De Ligt (1883-1938)
Barthélemy De Ligt (1883-1938)




Pacifiste libertaire hollandais, Barthélemy De Ligt récusa durant toute sa vie toutes les formes de guerre et de violence, horizontales (= entre les nations et les peuples) ou verticales (= entre les classes). De tous les penseurs antiautoritaires non-violents, il est celui qui arriva à définir et à organiser sur un plan théorique les nouvelles méthodes de lutte non-violente. Par exemple, pour la lutte pacifiste, son Plan de Mobilisation contre la Guerre de 1934 développe de façon admirable et radicalement novatrice pour l’époque la « stratégie et la tactique antimilitariste », en période de paix ou de guerre. Cet ouvrage mérite certainement l’appellation de « bible » de l’action directe contre la guerre.

En 1914, B. De Ligt est pasteur d’un petit village du Brabant hollandais et prêche activement dans les églises contre la guerre et la mobilisation, ce qui lui vaut en 1915 d’être banni de son domicile et de sa paroisse. Jusqu’à la fin de la guerre, il est persécuté et emprisonné, ce qui ne l’empêche nullement de continuer son combat contre les nationalismes et la trahison de l’Église et du socialisme. Progressivement, il se sépare de l’Église et se rapproche des conceptions libertaires. Il évolue du pacifisme chrétien au socialisme libertaire. De Ligt deviendra, entre autre, le fondateur de l’Association des Intellectuels Révolutionnaires et du Bureau International Antimilitariste. Il fut également un des principaux membres de l’Internationale des Résistants à la Guerre.

Pour vaincre sans violence est un des livres les plus remarquables de B. De Ligt, publié en 1935, il y expose de la manière la plus claire et complète le point de vue selon lequel les buts essentiellement libertaires du mouvement socialiste révolutionnaire ne pourront jamais être atteints par la violence et les armes.

« Pour la bourgeoisie, essentiellement parasitaire, l’emploi de cette violence est, comme nous l’avons déjà constaté, chose normale. Par contre, les socialistes, les bolchevistes, les syndicalistes, les anarchistes, veulent abolir toute forme de parasitisme, d’exploitation et d’oppression, en luttant pour un monde d’où toute brutalité serait bannie. C’est pourquoi, dès que les moyens séculaires de violence sont employés par eux, une contradiction flagrante apparaît entre de tels moyens et le but à atteindre.

« Car c’est une loi inévitable que tout moyen a son propre but immanent, découlant de la fonction pour laquelle il a été créé, et qu’il peut seulement se subordonner à d’autres buts plus élevés, pour autant que ceux-ci s’accordent avec son but essentiel, pour ainsi dire inné. D’autre part, tout but suggère ses propres moyens. Celui qui néglige cette loi subit inévitablement la dictature des moyens. Car si certains moyens portent en eux une destination à contre sens du but poursuivi, plus l’homme les emploie, plus il est amené à dévier de l’objet poursuivi, et plus il est fatalement déterminé par ces moyens dans son action. »

« Plus il y a de violence, moins il y a de révolution, même dans les cas où l’on a mis délibérément la violence au service de la révolution. Plus il y aura de révolution, c’est-à-dire de construction sociale, moins il y aura de destruction et de violence à déplorer. »

Barthélemy De Ligt critiquait vivement le bolchevisme, qui devait selon lui, de par le choix de ses méthodes, immanquablement échouer et dévier de son but initial. En effet,
« le bolchevisme, au fur et à mesure qu’il sacrifiait à ces méthodes pour atteindre son but révolutionnaire, s’écartait d’avantage de son principe originel (…). Il s’empêtra dans un socialisme d’État ou mieux dans un capitalisme d’État. »
Il souffrait que le socialisme en soit arrivé à commettre de telles erreurs, et luttait dans ses nombreux écrits et conférences pour que le mouvement socialiste s’écarte des voies qui y avaient menés.
« Alors que le capitalisme en est arrivé, par sa nature même, à des méthodes fascistes, le socialisme lui, ne doit jamais retomber dans de telles méthodes : cela porterait à son essence même. »
Il préconisait pour cela de rompre avec les méthodes violentes que le socialisme révolutionnaire avait connu jusque là :
« La question essentielle qui doit être résolue par la révolution sociale est l’organisation du travail par lui-même (…). Les masses travailleuses, ouvriers aussi bien qu’intellectuels, n’arriveront à atteindre ce but que dans la mesure où elles auront su établir un juste rapport entre les méthodes de la coopération et celles de la non-coopération : il faut qu’elles refusent de faire tout travail nuisible à l’humanité, et indigne de l’homme ; qu’elles refusent de se courber devant n’importe quel patron ou maître que ce soit, fût-ce l’État soit-disant révolutionnaire, pour s’unir solidairement dans un seul et unique système de libre production. Il se peut que dans leur effort pour atteindre ce but, les masses révolutionnaires soient amenées à retomber plus ou moins dans la violence. Mais celle-ci ne peut jamais être qu’un phénomène accidentel et, comme nous l’avons déjà dit, un signe de faiblesse et non pas de force. (…) L’essentiel est en tout cas qu’elles dirigent, dès maintenant et délibérément, toute leur tactique révolutionnaire vers la lutte non-violente.

« C’est pourquoi nous faisons appel à tous ceux qui veulent libérer l’univers du capitalisme, de l’impérialisme et du militarisme, afin qu’ils se libèrent avant tout eux-mêmes des préjugés de violence bourgeois, féodaux et barbares, complètement périmés, dont la plupart des hommes sont encore possédés. De même que c’est le sort fatal de tout pouvoir politique ou social, même s’il s’exerce au nom de la Révolution, de ne plus pouvoir se libérer de la violence horizontale et verticale, c’est la tâche de la révolution sociale de dépasser cette violence et de s’en affranchir. Si les masses populaires s’élèvent réellement, elles substitueront aux violences de l’État la liberté que représente le gouvernement de soi-même. »

Bien qu’il rejette la violence comme moyen d’action, De Ligt ne préconisait certainement pas de condamner ou d’abandonner les révoltés qui ont choisi la voie de la violence.
« Tout cela ne veut pas dire que les adeptes de cette tactique nouvelle doivent se tenir à l’écart du mouvement révolutionnaire en général. Ils ont à y participer continuellement et partout, de la manière dont leurs conceptions le leur permettent (…). Dans différents domaines d’ailleurs, il leur est possible de collaborer avec les révolutionnaires partisans de l’action violente traditionnelle, par exemple, sous certaines conditions, dans les mouvements de masse contre le fascisme, le colonialisme et la guerre. S’il y a des conflits armés entre les pouvoirs réactionnaires et les masses en révolte, les tenants de l’action révolutionnaire non-violente sont toujours du côté des révoltés, même quand ceux-ci ont recours à la violence. »
Néanmoins ce soutien et cette participation ne peut en rien amener à un renoncement des principes non-violents chez eux car ils se trahiraient eux-mêmes.
« Dans le grand mouvement révolutionnaire, ils suivent leur propre tactique, s’efforçant d’en démontrer l’efficacité au point de vue moral et pratique. Si, par contre, on veut les forcer, même au nom de la Révolution, à employer des méthodes qu’ils condamnent, ils s’y refusent nettement, puisque obéir ne serait en l’occurrence que trahir leur propre mission révolutionnaire. »
Comme on peut le constater dans son Plan de Mobilisation contre la guerre, il faut naturellement conserver à l’esprit que si Barthélemy De Ligt veut par exemple « opposer au plan de mobilisation des états-majors guerriers, un plan d’opposition à la guerre, un plan de mobilisation en faveur de la paix », ce plan reste volontaire, exempt de « tout impératif catégorique et toute dictature ». Si dans la formulation de ses thèses, De Ligt semble parfois donner des injonctions, il n’en est rien :
« Dans notre système de lutte, rien n’est imposé à personne. Nous ne sommes pas des militaristes ! Nous ne contraignons personne à faire la guerre à la guerre. »
 


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