C’est au début des années
70, et sur le chemin déjà ouvert par
Jean Amila, puis par
Francis Ryck, qu’apparaît le néo-polar
avec pour chef de file Jean-Patrick
Manchette (1942-1995).
Là encore,
le contexte politique est évident : Mai 68
et sa vague contestataire sont passés par
là. Le roman noir devient politiquement militant
et socialement engagé. C’est le roman de
la dénonciation : celle du racisme, des inégalités
sociales, des magouilles du pouvoir…
Après
avoir enseigné le français en Angleterre,
puis travaillé à l’écriture
et la novélisation de scénarios, Manchette
entre à la Série
Noire en 1971 avec un premier roman co-écrit
avec Jean-Pierre Bastid : Laissez bronzer le
cadavre.
Il signe seul, la même année, L’Affaire
N’Gustro, inspiré par l’enlèvement
à Paris en 1965 de Ben Barka, leader de l’opposition
marocaine, par les services secrets marocains avec
la complicité de l’État français.
Avec Ô Dingos, Ô châteaux,
Nada, Le Petit bleu de la côte ouest,
La Position du tireur couché (considéré
comme son chef-d’œuvre)… Manchette
aiguise son regard critique de la société
dans laquelle il vit (consommation, terrorisme,
manipulations politico-policières, affaires
d’États…).
En 1973, Jean Vautrin,
connu dans le milieu du cinéma
sous son vrai nom Jean Herman, fait une entrée
remarquée en littérature policière
avec A Bulletins rouges, puis avec Billy-ze-Kick
(1974) et Bloody-Mary (1979), romans dans
lesquels il se livre avec humour et dérision
à la critique d’une société
en crise, qu’il situe souvent dans l’univers des
cités HLM.
Vers la fin des années
70 apparaissent de nouveaux auteurs tels que Frédéric
Fajardie et Didier Daeninckx, tous deux très
marqués politiquement. Fajardie signe en
1979 Tueur de flics suivi d’une trentaine
de titres (Le Souffle court, Gentil Faty, Sniper,
Clause de style, Des Lendemains enchanteurs…),
des romans violents qui sont autant de témoignages
sur la réalité sociale et la crise
économique. Daeninckx livre, quant à
lui, en 1982 un premier roman, Mort au premier
tour (écrit 4 ans plus tôt) dans
lequel il est encore question de magouilles politiques,
du meurtre d’un syndicaliste…