Les éditions Virus de Barcelone publient dans leur collection
Memoria des textes très intéressants qui restent
malheureusement inédits en français, sans doute faute de
traducteurs et d'éditeurs. Antonio Telléz a publié 3
livres sur le Réseau d'évasion du Groupe Ponzán,
l'attentat aérien contre Franco et le MIL et Puig Antich. Le livre
d'Ingrid Strobl est consacré aux femmes combattantes en Espagne puis
dans la Résistance française. En collaboration avec le CIRA de
Lausanne, des textes du pédagogue libertaire Híginio Noja Ruiz
ont pu être retrouvés. Enfin Sonya Torres Planells a publié
en 1998 un ouvrage consacré à Ramón Acín. L'auteur
fait partie du Groupe de recherches sur la théorie de l'art à
Barcelone, elle a également écrit plusieurs articles dans la
revue libertaire culturelle Orto.
Ramón Acín est un personnage très attachant aux multiples
facettes. Il fut un actif militant anarcho-syndicaliste, un pédagogue
libertaire, un écrivain et un artiste d'avant-garde.
L'ANARCHISTE
Né en 1888 à Huesca en Aragon, dès 1913 il participe
à Barcelone à la création de la revue La Ira. Son
sous-titre était : «organe d'expression du
dégoût et de la colère du
peuple».
Il collaborera à de nombreuses revues anarchistes en
Aragon et en Catalogne : Floreal, El Talión,
Cultura y acción, Lucha social, Solidaridad
obrera... Il participe aux divers congrès de la CNT où il
représente la ville de Huesca. Sa popularité y était telle
qu'il aurait pu facilement devenir maire mais ses convictions anarchistes
l'éloignèrent de cette idée. Ses écrits l'enverront
à plusieurs reprises en prison. Sa participation à des
soulèvements le contraignent à l'exil à Paris en 1926 et
1931. En 1936, les autorités de Huesca refusant d'armer le peuple,
l'armée et la garde civile prennent facilement le pouvoir. La
répression est terrible : parmi les nombreux fusillés se
trouvent Ramón Acín et sa femme Conchita Monrás.
LE PEDAGOGUE
En 1916, il est nommé professeur de dessin à l'Ecole normale de
Huesca. Non-violent, il pense que l'éducation est la principale arme de
la révolution sociale. Partisan de l'éducation rationaliste, il
est un admirateur de Francisco Ferrer et de Joaquín Costa. Avec sa
femme, il se charge de l'éducation de ses deux filles Katia et Sol. Il
organise des cours du soir pour les ouvriers et en 1922, il crée une
académie privée de dessin à son domicile où il peut
mettre en application une pédagogie libertaire. En 1932, il organise
avec Herminio Almendros le premier Congrès de la technique de
l'imprimerie à l'école où sont présentées
les réalisations de Célestin Freinet. Un deuxième
congrès sera organisé en 1935.
L'ECRIVAIN
Ramón Acín a écrit plus d'une centaine d'articles aussi
bien dans la presse libertaire que dans la presse régionale (El
Diario de Huesca notamment). On y trouve des critiques idéologiques,
des textes autobiographiques, des critiques d'art et des hommages rendus
à des personnages illustres ou à des amis. Il est à
remarquer son intérêt pour l'écologie (articles sur le
reboisement), la défense animale (textes contre la tauromachie), le
végétarisme et le naturisme. Il anime également des
conférences sur des sujets aussi variés que les enfants russes,
les employés de commerce, l'anti-électoralisme ou
l'écrivain Ramón Gomez de la Serna.
L'ARTISTE
L'oeuvre artistique de Ramón Acín est très variée.
Il a publié plus de 80 dessins et caricatures contre la guerre,
l'Eglise, la corrida... En 1913, l'obtention d'une bourse lui permet de voyager
et de faire de grandes peintures à l'huile (par exemple une Vue de
Grenade depuis le Generalife). A Paris, il a été en
contact avec les artistes d'avant-garde. Il est ami avec Picasso, Dali et
Buñuel. Il publie plusieurs manifestes artistiques. En 1928, son
manifeste sur Goya s'oppose aux commémorations officielles. Sculpteur,
il réalise le monument des Pajaritas (cocottes en papier) qui est
aujourd'hui l'un des symboles de la ville de Huesca. Il expose à Madrid
en 1931 des sculptures en plaques de métal découpées qui
connaissent un grand succès (La Danseuse, Le Garroté).
Influencé par le surréalisme, il réalise plusieurs
collages. Lauréat d'un gros lot à la loterie, il va produire le
film de Buñuel Terre sans pain et voyage pour cela avec lui
à Las Hurdes en Estrémadure. Enfin, il s'intéresse aux
arts et traditions populaires : il collecte des objets anciens en vue de
l'ouverture d'un musée.
Felip Equy
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